Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute

2009
23
Jan
Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute

Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute

Si mes souvenirs sont bons, j'ai découvert Dantec en 2000. J'avais 15 ans, mon père avait acheté Baylon Babiesa, et comme souvent, je lui ai piqué quand il l'a terminé. Sauf que cette fois ci, il y avait un truc : il ne l'avait pas lu, trop dur à son goût. Je me suis plongé dedans, j'ai adoré et j'ai naturellement enchaîné sur Les Racines du Mal.

C'est devenu une sorte de rituel, quand un de ses romans sort, je l'achète, compulsivement, immédiatement. Villa Vortex était un bijou indigeste qui laissait un arrière goût de shrapnel, un peu comme si on lisait du papier de verre, et pourtant derrière ce bordel sans nom se cachait une forme froide et rude de poésie moderne. Cosmos Incorporated ne m'a pas tant marqué que ça, continuant sur la lignée de l'exploration du monde «post-humain».

Celui qui m'a enfin bouleversé, à nouveau, a été Grande Jonction, un délire complet d'explosions musicales avec des morceaux de riffs prophétiques : la fusion de la mécanique de l'androïde et de la grâce de l'illumniation dans un évangile post-apo bariolé sous acide. Splendide.

Son petit dernier en date m'avait laissé un sentiment de dégoût collé au corps. De la trinité de nouvelles dans Artefact : machines à écrire 1.0, Le prince de ce monde m'a convaincu du génie tortueux de l'auteur. Le pitch : un malade auto-proclamé frère du Diable se tape le trip de buter tout ce qui passe avec un sadisme particulièrement raffiné. On pourrait croire comme ça que Mauriceb est un auteur de textes gores comme un autre, mais derrière l'horreur de cette nouvelle se cache une réflexion poussée sur la rédemption, la vengeance, et ce qu'on risque quand on s'y laisse aller. Mais je digresse, ceci n'était pas l'objet de ce billet.

L'autre jour, en me baladant sur Amazon j'ai réalisé qu'il avait sorti un nouveau roman. Réflexe. Achat.

J'ai donc dans les mains Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute, je n'ai pas encore osé commencer à le lire : plus je le commence tôt, plus je le terminerai tôt… Cadeau, quatrième de couverture.

«On n'avait pas des measses d'alternatives, Karen et moi, quand on a décidé de voler l'État qui essayait de nous voler nos vies.»

Le long d'une autoroute qui file vers le sud, au son d'un saxophone kamikaze, la cavale hallucinée d'un couple atteint par un étrange neurovirus qui connecte leur cerveau à la station Mir et à son Ange Gardien, le jazzman Albert Ayler. Un voyage au-delà de la réalité et de l'infini, entre états altérés de la conscience et phases de réadaptation.

Une petite note, au passage. Il m'arrive souvent, quand je dis que j'adore les œuvres de Dantec, qu'on me parle de ses opinions politiques. J'ai deux choses à dire à ce sujet là : tout d'abord, je me fous totalement de ses opinions politiques, ensuite, ce n'est pas parce qu'un auteur a des idées que je considère extrêmes sur certains sujets que ça lui enlève ne serait-ce qu'un seul gramme de talentc.

  1. Et qu'on ne vienne pas me parler du navet avec Vin Diesel []
  2. Tu permets que je t'appelle Maurice ? []
  3. cf. Céline, pour en citer un autre []

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