Agodsbirth

De la chaux vive s’immisce dans mes veines, me peigne de l’intérieur à la brosse de crin, fouille et racle mes entrailles. Mes artères palpitent à l’unisson, je ressens le monde vibrer en moi, autour de moi. Plus de frontière, corps, esprit, matière, toutes ces conneries fusionnent en une soupe hétérogène et déshumanisée. Ma cage thoracique se déchire, mes vertèbres se disloquent sous les assauts répétés de cette matière qui s’échappe de ma carcasse en lambeaux. Un nuage noir m’arrache les omoplates et se répand autour de moi comme un essaim de mouches qui attend la putréfaction du cadavre puant que je suis. Des éclairs dans ma tête, l’adrénaline, la dopamine, la testostérone, la noradrénaline, la mélatonine, l’isoaprénaline et tout un tas de substances du genre inondent mon cortex. C’est à ce moment là, je crois, que je réalise que je suis en train de fuir de l’intérieur, et non seulement, je peux aussi contrôler ce qui sort. Je me fais l’effet d’un type barré qui vient de chier ses tripes et se marre comme un dingue en constatant qu’il peut contracter son intestin grêle qui traîne par terre. Mon visage fond, ma boite crânienne se déforme dans des craquements doux, j’ai la tête dans un sanibroyeur, les pommettes fracassées à coups de marteau, la mâchoire encastrée et l’arête nasale qui me perfore les sinus, comme une rencontre avec un platane à 220 Km/h et l’airbag qui se fout de moi, bien planqué dans sa cachette, refusant de sortir. La propagation est fulgurante, les épaules se déboîtent, les tendons se déchirent, ossature et irrigation en mutation douloureuse. Un bruit d’os de poulet sous les dents et mes mains ne sont plus qu’un amas de chair sanguinolente qui goutte à fréquence réduite. Tant d’horreur m’arrachent des larmes acides qui me brûlent les yeux, la douleur se fait tellement insupportable que j’en jouis, il est impossible d’expliquer le mécanisme qui pousse le corps à surcharger les centres du plaisir dans les situations les moins plaisantes, mais sur le coup qu’est ce que c’est bon.

Je me fais momifier par les muscles striés sortis du néant, de nulle part, du vide. Je suis engoncé dans une chape de béton vivant, un miracle de bio-urbanisme, je suis un OGM naturel, je modifie mon corps à la volée dans une exquise souffrance. Ma poitrine se gonfle, la peau se craquelle, tendue par les côtes qui semble se repousser les unes les autres, la masse de viande qui me servait initialement de corps est en révision, exit humain 1.0, bienvenue surhomme 0.75 bêta. Corps élancé sur muscles d’aciers camouflés, vision accrue, la lumière terne aveugle mes pupilles hypersensibles, l’odorat maudit d’un nez trop fin subit les effluves rémanents de la merde déposée dans la région les quinze dernières années. J’entends les odeurs qui me racontent le monde, je vois les ondes sonores esquisser leur ballet dans l’espace devenu trop confiné. La transformation physique tire sur sa fin; la douleur s’estompe, la peau se fraie un chemin sur la chair à vif, mes cheveux repoussent, blancs teints de gris pâle. Dans mes orbites naissent des yeux blancs qui scrutent les alentours alors que je sens le pire arriver.

Correction, le pire est encore trop optimiste. Mon esprit est éventré, écartelé, déchiré, je me fais violer de l’intérieur. Toutes mes perversions cachées, mes fantasmes interdits, mes secrets honteux, tous libérés, offert sur le marché éternel de la conscience, dans le domaine publique, en libre accès dans une Babel spirituelle inconsciente. Je ressens mes tares se propager, toucher les autres, ceux qui ne sauront jamais. Les effets domino de mes pensées me crèvent les yeux, m’étouffent. Je sers les dents, me mords la langue jusqu’au sang. J’avale le liquide visqueux mécaniquement, je m’abreuve de moi même pendant que mon âme est mise à jour. Balayée ma misérable existence dans l’immensité de six mille ans de divinité. La Mémoire me revient, fracassante, douloureuse, jouissive. Mon passé, mon présent, j’extrapole mon futur dans le chaos des probabilités. Des années à combattre, des années en exil. L’aspirateur photonique qui suinte de mon dos prend forme, mes “ailes, organe à tout faire, source d’énergie et de pouvoir m’englobent, devient une extension naturelle de ma psyché, un réseau méta-neuronal qui flotte hors de mon corps, qui s’interpénètre avec le tout matériel, immatériel, spirituel, chimique, biologique, philosophique et un tas d’autres mots à faire gémir de plaisir tous les experts de toutes les sciences et pseudosciences de cette misérable humanité.

Je suis un dieu, ma vie est devenue, en l’espace d’un instant douloureux, un délire masochiste, un trip intergalactique à rayure roses, un état de pensée proche du pain au chocolat neurasthénique, une existence hors de l’humain, au dessus du monde. J’ai la vérité de l’Histoire en moi, mes désirs ne sont que des attentes car je n’ai à présent qu’a vouloir pour faire. Il aura suffit que je souille mon caleçon de foutre dans une débauche de luxure hardcore pour voir la face du monde changée à tout jamais. Les dieux antiques se réveillent et parmi eux qui dorment encore, je suis celui en charge de lancer le jeu, le premier à me sortir de ma longue retraite. Le prochain millénaire sera celui sanglant de nos trips sous toutes les drogues possibles, et première parmi celles ci, l’éclair proto-hormonal furtif, intense, jubilatoire, extatique qui se produit quand la réalité de son propre pouvoir atteint enfin le domaine du Moi conscient.

Tremblez, souriez, faites ce que vous voulez, nous sommes de retour sur terre et nous comptons nous y amuser pour un moment.