Les Shers

Les deux ombres se faufilent dans les sous bois faiblement éclairés par les deux lunes blafardes, ils sentent le bois mort craquer sous leurs pas et la foret toute entière les baigne d’un doux parfum glacé teinté de mort. Derrière eux les grognements des ours sauvages que les Shers ont lancés à leur poursuite. Ils courrent. La première ombre bifurque soudainement vers un petit arbuste rouge et en arrache une branchette et sert les dents, attendant la suite. La végétation pousse un cri strident, elle frémit de douleur.

- Nos aigles arriveront avant les ours, ils entendent toujours le signal, chuchota t’elle sans paraitre le moins du monde inquiète.

- Je l’espère, je t’avais bien dit Feila que cette expédition était dangereuse, répliqua l’autre. Oser s’aventurer en territoire Sher sans armes relève de la folie, tu aurais au moins pu me laisser emporter mes dagues.

- Les Shers sentent le métal, et même si tu crois que ce n’est qu’une légende, je préfère ne pas prendre un risque supplémentaire mon amour…

- N’importe quoi ! Ce sont encore les divagations de ton pauvre père qui te sont montées à la tête, tu devrais lui parler, s’il continue, ce sera toute la tribu qui croira à ces légendes, et nous manqueront alors de volontaires au combat. Trop de ceux qui sont partis en territoire Sher ne sont pas revenus, et ce n’est pas parce que tu es la fille du Maitre des Aigles qu’ils nous sauverons nous.

Une branche craque derrière eux, permettant à Feila d’éluder la question. Ils s’asseyent tous deux sous le buisson après avoir soigneusement répandu autour d’eux de l’urine d’ours, de manière à tromper le flair des ours shers. Blottis l’un contre l’autre ils n’osent bouger, l’arbuste leur tient chaud, la sueur coule sur leur front, le temps passe et la peur s’insinue au plus profond de leurs os.

Après une heure se fait enfin entendre le cri attendu. Feila se leve et répond par un hurlement modulé. L’aigle approche pour se poser à leurs cotés, un grondement se fait entendre, un ours jusque là caché dans la pénombre bondit et, ouvrant large sa gueule ornée de dents acérées, plante ses crocs dans le cou de l’animal, le sang chaud jaillit et sa vie s’échappe, térassée par l’assaut fulgurant.

- Janek, chuchota sans assurance la jeune femme a l’intention de son compagnon, suis moi !

Avant que celui ci n’ait pu répondre, ils voient les ours les encercler. Ils se serrent l’un contre l’autre, vidant sans espoir sur leurs vetements les dernières fioles d’urine qu’ils ont et attendent l’asssaut imminant qui mettra fin a leurs jours. Rien ne se passe, les ours les observent, il semblant attendre quelque chose, ou quelqu’un. Après quelques minutes d’une attente insupportable les ours s’écartent, laissant passer une créature haute de deux mètres et d’une maigreur squelettique. Vétue d’une longue cape de cuir noir qui cache son corps entier à l’exception de son visage. Un masque affreux occulte sa bouche et son nez, de manière à ce qu’on ne puisse seulement voir ses yeux d’un blanc immaculé, son front découvert révèle une peau grise et froide, terrifiante. La créature, un Sher, lève le bras droit, sa main décharnée désormais visible aux yeux des deux fuyards horrifiés et les pointe du doigt, murmurant une phrase inaudible. Feila voit son compagnon tomber a terre inconscient, elle sent elle même une force étrange monter le long de son dos, mais lutter lui cause une trop grande douleur, elle ne resiste donc pas plus longtemps et s’abadonne, perdant peu à peu connaissance.

Elle s’éveille mais garde les yeux fermés, essayant de se concentrer sur les bruits qui l’entourent. Rien que la respiration lente et ronflante de Janek. Elle ouvre finalement les yeux, la pièce est sombre mais lui semble familière. Elle est en nage et tremble encore. Elle réveille son compagnon.
- Mon amour, j’ai fait un affreux cauchemar, dit elle en essuyant ses larmes…
Il pose délicatement un doigt sur ses lèvres, lui souriant. Puis il délace dans une passion chaude la tunique de sa bien aimée, laissant apparaître deux seins ronds. Doucement il l’embrasse, pressant ses lèvres contre les siennes… Contre son ventre chaud et mouillé de sueur elle sent l’envie de son amant grandir au fil des baisers, ses mains se deplace doucement sur son dos tandis qu’il lui enssere les hanches de ses mains puissante pour remonter tout doucement vers son intimité. Elle sent le plaisir monter en elle, ses yeux l’enferment dans une noirceur rassurante et sécurisante. Lentement les haletements montent à travers l’immensité de la pièce, elle saisit son amant et d’un coup sec le force à entrer en elle. Par saccades le plaisir brut qui monte en elle s’intensifie, il prend corps, elle le perçoit à chaque extremité de son corps frémissant et sent naitre en elle qu’il est sur le point d’exploser en un orgasme sublime. S’apprêtant à se laisser porter par des vagues déferlantes de plaisir brut, elle ouvre ses yeux chargés d’un désir égoiste et profond et voit la créature squelettique qui l’observe impassiblement par le toit vitré.
Elle crie. Hystèrique, elle pousse Janek qui tombe au sol, le membre encore raidit de la tache inacomplie et se refugie dans un coin de la pièce. La porte s’ouvre et le Sher apparait, tenant dans sa main une longue aiguille. Un rire sardonique se fait entendre, finalement il parle.
- Vous n’auriez pas du ouvrir les yeux mademoiselle, ce que vous avez cru etre un cauchemar n’en était pas un, vous avez été capturée, et si vous aviez accompli votre tache comme nous pensions que vous le feriez, vous seriez libre maintenant, mais non, vous humains voulez toujours compliquer ce qui est simple. Vous devez donc mourir, car vous connaissez maintenant notre secret, le secret de notre puissance.
- Quel secret? quelle tache? demanda Feila, tremblante, ruisselante de la sueur de l’amour et de la peur.
- Allons petite humaine, répondit-il d’un ton monocorde, ne passez pas pour plus primitive que vous ne l’êtes, vous m’avez très bien compris, mais puisque vous cherchez à vous cacher vous même la vérité, je vais vous le dire. Nous possédons une technologie très avancées nous autres Shers, malheureusement, cette technologie est très gourmande en énergie. Pendant des siècles nous avons épuisé les ressources énergétiques de cette planète, mais nous vous avons découvert. Vous, humains, il s’avère que lorsque vous copulez, vous provoquez en vous et autour de vous l’apparition d’un champ d’énergie d’une puissance inégalée, et imperceptible à vos yeux. Nous avons donc décidé d’enlever certains d’entre vous le temps d’une nuit pour nous fournir notre énergie. Nous les relachons ensuite dans une réserve où nos ours ne peuvent aller, et d’après nos observations ils y vivent heureux. Malheureusement pour vous deux, vous ne nous avez pas fourni n’énergie. Vous êtes donc un lot déféctueux. Tout matériel défectueux doit être détruit.
Feila se recroquevilla sur elle même, mais elle ne put échapper à l’aiguille que le Sher guida fermement dans son coeur. Puis il accomplit de même sa sinistre besogne sur l’homme encore inconscient et sortit de la pièce.