Chroniques des Suppliciés

Projets

Et je tisse ma toile de tendres abats
De jeunes geignards à leurs mères arrachés
Ma puissance est leur douleur et entamera
De s’étaler, rampante, dans l’éternité.

Enfants aveugles et bébés écartelés
Bâtissant, os après os, ce doux cauchemar
Qui, dans ma paume, s’apprêtera, libéré
A prendre les âmes, de morts jamais avare.

A mes pieds s’étaleront les marées humaines
Priant leur salut mais m’apportant leur souffrance
Pour refluer, terrassés, courbés sous leurs peines,
Corps décrépits, pauvres pendus qui se balancent.

Mon règne éternel des ténèbres surgira
Et dans les méandres du temps s’insinuera.

Prise

Seigneur de guerre, protecteur d’un maudit royaume
J’ai vu mon peuple décimé et mutilé,
Le coeur à vif et pour le soigner aucun baume.
Tremble Sorcière car mon nom est Cruauté.

Tu verras le bûcher, sentira ses baisers,
Le bois déjà s’empile et prépare ta mort.
Ta prise fut rude, mes hommes sont tombés,
tu pensais pouvoir échapper mais avais tort

Ton infâme sorcellerie m’est étrangère
Et ton feu qui coula sur nous nous terrifia
Mais nous te combattions, de nos armes de fer
Et de nos coeurs vaillants, et bientôt tu cédas.

Je te condamne, maudite, à aimer l’enfer
Car tu as insufflé trop d’horreur sur nos terres.

Malédiction

Horreur palpitante, sur mon front la sueur
Sculpte mes peines et dans mes vices la haine.
Chéris cet avorton monstrueux, toi, seigneur,
Arrache mon coeur et dans les flammes me traîne.

Le bois, sous mes pieds, craque, léché par le feu
Et ma peau, boursouflée, grésille dans un cri.
Je crache et hurle mais dans mon sein ténébreux
Repose la mort de ton royaume maudit.

Ripaille et gave toi, ce soir, festin chez Dante !
Et salive et savoure mes viandes rôties
Sur mon bûcher de gloire, tandis que j’enfante
Mon vengeur, ma rancoeur, tueur de paradis.

J’exulte et jouis, sentant son fétide baiser
Et te lègue le chaos pour l’éternité.

Maudit

Contre mon dos, la lame acérée qui m’embrasse
Et peu à peu de ma peau épluche la vie,
Laissant perler le sang qui jamais ne s’efface,
Dans un râle acre me marque comme maudit.

Maudit des dieux, des hommes, exilé, banni
Paria. Douleur est ma vie, et mon nom, souffrance
Et toujours cette lame qui hante mes nuits,
Sur mes lèvres tranchées coulent mes larmes rances.

Bébé babillard blotti dans mes bras brisés,
Eructe et rugit et me torture et me hante
Fils fantôme d’une sorcière jadis brûlée
Né de son fiel, réside en mon âme démente

Les années passent mais le châtiment persiste
Que n’ai-je compris ton regard, moi l’exorciste.