De Vivita Morte

De Vivita Morte - I

Un matin de froid printemps,
Au cœur d’herbe d’un champ,
Ultime duel pour l’aimée
C’est ainsi que le décor est planté…
Les opposants dans leurs fringantes tenues
De bouches démoniaques armés,
Se présentent le dos, ironie diabolique.
Le temps ralentit, ils avancent,
Du coin de leurs yeux encore rouges
Les témoins endormis les suivent.
Il est maintenant temps de se tourner,
Leurs regards se croisent,
A droite un marquis,
Ou un quelconque noble,
D’un certain age affligé,
A gauche de sa femme l’amant,
Jeune romantique, poète.
Les yeux gris sans expression de l’un
Font face au bleus fougueux de l’autre.
Un éclair de feu traverse le champ.
Le jeune amant voit vers lui la bille d’acier
A une folle allure arriver.
Il la voit toucher sa poitrine,
Le monde autour de lui se fige,
Le bruissement des feuilles,
Le bourdonnement des insectes,
Plus rien ne semble exister,
Excepté cette balle,
Don mortel mais inutile.
Son vêtement déchiré,
Il la sent entrer en lui,
Les chaires pénétrées déjà se referment,
Enfermant une bien étrange perle.
Il s’étonne, lui le poète,
De la mort attendant plus de souffrance.
Bien malheureux qui espère
Sans souffrir une mort…
Désillusion, le sang enfin jaillit,
Et sur ses habits criants de couleurs,
S’en répand une, celle de la mort.
Les sons reviennent, il s’entend hurler.
Il dit qu’il l’aime, il marmonne.
Son assassin l’approche
Et dans un dernier regard
Froid de ses yeux gris
Lui montre son mépris.
La dame noire s’empare de lui,
Un autre perdant,
Dans le jeu de la vie…

De Vivita Morte - II

La pièce d’une lumière tamisée éclairée,
Un doux parfum qui s’étiole
Et évoque la poésie perdue.
Accroupi au milieu de ses murs,
Le poète, entre les mains sa tête
Dans la noirceur de ses souvenirs se morfond.
Au sol la raison de sa douleur,
Des éparses bribes de passé,
Sur un persan tapis de fil d’or brodé,
Gisants affolées.
Une médiocre bouteille à ses pieds posée,
La boisson est son refuge,
Cruel destin de n’être aimé
Ni des femmes ni des hommes.
Ses écrits dans le foyer rougeoyant
Encore du feu retenant la chaleur,
Le poète aux yeux bleus sans avenir
Sans plus retenir sa douleur
Pousse un cri rauque.
De sa veste de la poche,
Une courte et rêche sacoche il arrache.
Plongeant a l’intérieur ses doigts,
Jeunes mais déjà par le temps
Et par l’écriture marqués,
Du froid de l’automne tombant tremblant,
Il en sort trois jaunes tiges,
Cruelle nature, qui au poète désemparé
Fourni la végétale substance
Qui du monde de la vie l’ôtera.
Quand a ses pieds la bouteille,
Des racines et de vin est remplie.
Le poète ironiquement célèbre
Sa dernière et païenne messe…
Il prie le plaisir et la jouissance…
Et contre ses lèvres celle de sa dernière
Et frigide amante de verre il colle.
Les yeux fermés de la boisson
Il se délecte et s’enivre.
L’alcool dans son corps se répand
Entraînant au plus profond
D’un corps sombrant dans la torpeur
L’essence de la sombre.
Le poète, sur le sol allongé,
Par la musique des sphères
Se laisse bercer. Il s’en va.
Au fond de lui la chaleur monte,
Il transpire, Poète naguère amoureux
Vivant l’allégresse de la mort,
Heureux d’enfin partir
En d’agréables circonstances…
Mais par la fatalité rattrapé,
Le poison, dont l’effet se fait sentir,
A son cœur et à son âme arrive.
Il laissera sa dernière trace,
Dans une convulsion sur le sol,
Avant d’expirer…
La dame noire s’empare de lui,
Un autre perdant,
Dans le jeu de la vie…